Chaque nuit, les vagues griffonnent des secrets sur les rochers. Je les observe du phare, mes doigts tachés d’encre. Depuis que les lettres ont cessé d’arriver, j’écris pour elles. Des mots que la marée emporte au petit matin.
Hier, j’ai trouvé une bouteille échouée. À l’intérieur, un mot : « Je t’attends. » Une écriture familière, effacée par le sel. Mes mains ont tremblé en reconnaissant le paraphe. Le mien.
Aujourd’hui, j’ai compris. Les vagues ne portent que nos propres murmures, transformés en échos. La mer est un miroir sans mémoire.
J’ai jeté toutes mes lettres. L’encre s’est diluée, serpent noir avalé par l’horizon.
Maintenant, je guette les courriers qui ne viendront plus. Mes doigts sont propres.
Mais la nuit, quand le phare s’éteint, je sens l’écriture revenir, invisible, sur ma peau.
Élise Vogue